Foutu réveil ! Il y a donc une chose qui reste pareille. J’aurais encore préféré tout changer. Ravalant ma
mauvaise humeur, je me lève, m’habille, prends mes sacs, un croissant que j’avale en vitesse, et je déguerpis en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je monte dans le car de justesse et
c’est parti pour ma première semaine d’internat. Je ne rentrerai que pendant les prochaines vacances qui sont dans cinq semaines. C’est donc le temps que je vais devoir passer dans un lieu qui
m’est, pour l’heure, encore inconnu. Je balaye les sièges du regard en quête d’une éventuelle place libre. Tiens justement, il y en a une quelques rangées plus loin. Je me dirige à grands pas
vers une jeune fille brune et tente ma chance.
- « Hum, excuse-moi… Cette place est prise ou… enfin… je peux m’asseoir ? »
D’aussi près, je peux voir nettement ses yeux. Ils sont d’un vert magnifique ! Moi je les aie marrons. Je
trouve cela tellement classique, courant, banal quoi ! Ma mère m’a toujours dit qu’ils sont superbes. Mais, c’est aussi un peu le rôle d’une mère en général. Pour la plupart des mères, leur
progéniture est parfaite ou presque, faut pas exagérer non plus. Je ne pense donc pas que je peux me fier à cet avis. La jeune fille se tourne vers moi et me fixe d’un air qui ne se veut pas
engageant. Pas engageant du tout si je me fie à ses yeux qui s’assombrissent instantanément à ma vue.
- « Elle est prise », me répond-elle d’un air pas aimable du tout.
Eh ben si c’est comme ça l’internat, je vais encore plus regretter mon ancien lycée. Bien que ce-dernier n’ait
pas beaucoup d’atouts. Enfin, si on peut dire ça comme ça… En tout cas, je comprends mieux pourquoi elle n’a personne à côté d’elle. Un peu vexée tout de même, je vais m’asseoir sur le siège que
me montre de la main une autre jeune fille. Elle a l’air sympathique et me fais la bise sitôt que je suis assise à côté d’elle.
- « Salut ! T’es nouvelle je suppose, je ne t’avais jamais vu à l’internat. Tu vas bien à
l’internat ?
- En fait… Mmpf. Oui. Je suis arrivée hier soir et je ne connais même pas encore le nom de ma rue. Si c’est
pour dire ! Oui, oui je vais bien à l’internat.
- Ne t’inquiète pas ! Je vais t’aider à t’intégrer si tu veux. Au fait, je ne me suis même pas
présentée ! Moi, c’est Emilie, mais appelle moi Emmy comme tout le monde.
- Merci beaucoup ! Enchantée Emmy alors. J’m’appelle Kate », lui répondis-je un peu plus gaiement que tout à l’heure.
- « Kate ? Ca me rappelle… Non laisse tomber. Tu vas voir, les surveillants sont plutôt cool au
bahut même si c’est pas l’cas de tous les profs. Et puis… »
Je crois que je suis tombée sur la fille la plus pipelette que j’ai jamais rencontrée de toute ma vie. Je crois
aussi que j’ai un peu lâché… Pas que ça ne m’intéresse pas mais mon regard n’arrête pas de se tourner vers cette fille de tout à l’heure. Elle avait ce truc dans le regard…
- « Kate ?
- Hein ? Quoi ?? Hum pardon, je… J’étais dans la lune.
- C’est rien, on est arrivé. Tu viens ? Non parce-qu’en fait, il faut que tu descendes pour que je
puisse passer et je ne pense pas que nos parents trouveraient ça drôle de nous voir revenir. »
Elle me fait marcher là ? Un petit sourire apparaît aux coins de ses lèvres et je relâche enfin mes épaules.
Je rigole un peu et me lève avant de descendre du car.
- « T’as
l’air d’être une sacrée toi ! » Me dit-elle en plaisantant.
Je pensais la même chose à son propos et souris en lui donnant une petite tape sur l’épaule d’un air taquin.
Peut-être que je vais me plaire ici finalement.
On traverse plusieurs couloirs – il va falloir que je fasse attention si je ne veux pas me perdre – avant qu’Emmy
ne s’arrête et ne se tourne vers moi.
- « Voilà, c’est le bureau du proviseur. Moi je te laisse, je ne vais pas plus loin ! A plus tard
j’espère !
- Merci beaucoup… »
Ce n’était pas dit avec grande conviction mais de toute façon, elle est déjà partie. Heureusement, j’arrive le
jour de la rentrée des classes. Je n’ai donc heureusement encore loupé aucun cours. Et puis je commence seulement dans quelques heures. C’est-à-dire, aucun cours à rattraper non plus ce matin.
Après avoir entendu une ou deux heures devant la porte, celle-ci s’ouvre enfin, révélant un grand homme. Surement le proviseur. Il me fait signe d’entrer et je s’engouffre à ma suite. Il a l’air
d’être assez âgé vu les cheveux gris blancs qui ornent son crâne. Je remarque cependant ses yeux gris. Il a l’air tracassé… Ah oui, je n’ai pas dû préciser mais, j’adore regarder les yeux des
gens. C’est la première chose que je regarde avec le sourire sur une personne. J’aime bien le petit côté mystérieux qu’est capable de dissimuler une personne avec un simple sourire. Mais on ne
peut pas mentir avec les yeux. Je regarde rapidement autour de moi et ne vois aucune photo, aucun dessin pouvant trahir la situation familiale ou les sentiments de mon interlocuteur. Sans
plus de conviction qu’avec Emmy, je lui explique ma situation. Il me dit qu’il n’a pas le temps et que je n’ai qu’à demander à un élève de m’emmener rejoindre la Terminale Scientifique 4. Cette
journée commence vraiment bien pour moi… On ne peut pas vraiment dire que ce petit entretien m’a beaucoup renseignée. Et en plus, j’ai loupé le déjeuner. Heureusement pour moi, Loïc n’est pas là.
De toute évidence, j’aurai eu le droit à un sermonnage et ce n’est pas une partie de plaisir, croyez-le ou non. Bon, où est ma classe maintenant. Ca, c’est une autre paire de manche. Je lève la
tête de la petite feuille colorée qui fait également office d’emploi du temps et cherche du regard une quelconque personne pourrant m’aider dans mes recherches. Une surveillante traine justement
non loin de moi et presse un peu les retardataires. C’est peut-être mon jour de chance finalement. En quelques sortes… Je m’approche et lui confie mon petit problème. Sans difficultés, et même
avec un sourire, elle m’emmène rejoindre le reste de ma classe.
- « Voilà, on est arrivé. Tiens, je te donne ta clé de chambre et le couvre-feu est à dix heures. Je
pense qu’il est inutile de te préciser le genre de sanction qui sera appliquée à la moindre désobéissance. Il est également interdit d’apporter des substances illégales au lycée ou de se balader
dans le bâtiment réservé aux garçons. Eux-mêmes ayant l’interdiction de faire de même dans celui des filles. Mais t’inquiète pas, y a jamais réellement de problèmes mais le proviseur est à cheval
sur le règlement. Au moindre souci, je serai dans le bureau au fond du couloir. C’est moi qui suis de charge pour ta chambre. Alors hésite pas. Maintenant file en cours, à plus
tard !
- Merci pour tout. »
Il y a quand même des gens sympathiques dans ce lycée. Je risque de vite m’y faire. Et ce n’est pas plus mal.
Résignée, j’entre dans la salle où sont déjà en train de s’installer les autres élèves. Je ne suis pas vraiment de celle qui aime beaucoup se jeter à corps perdu dans l’inconnu mais ça ne doit
pas être si terrible que ça vu les premières heures que j’ai passées ici. Tout le monde à l’air si gentil. N’est-ce pas ?
Qui dit quoi ?